Mercredi 20 avril 2011
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En Bretagne, il était jadis de tradition, lorsqu'on avait tué le cochon, d'inviter tout le village une fois l'an à un repas rituel où l'on servait
boudins et saucisses, pâtés et jambons. Un dimanche, Laou ar Braz, le paysan le plus riche de Pleyber-Christ, attendit la fin de la messe pour convier toutes les ouailles à partager avec lui le
fameux repas le mardi suivant. Il se mit à crier à la cantonade :
- Venez tous ! Venez tous !
Or, en ce temps là, le cimetière se trouvait tout autour de l'église. Une petite voix grêle s'éleva alors des tombes piétinées par les villageois
:
- Moi aussi je pourrai venir ?
- Que je sois damné si je mens ! s'écria Laou ar Braz, qui ignorait l'origine de l'étrange voix. Puisque j'invite tout le monde, c'est qu'il n'y
aura personne de trop !
Dès le mardi matin, tout le village se mit en route pour la maison de Laou ar Braz. Les plus fortunés en char à boeufs, les mendiants à cloche-pied
sur leurs béquilles. Ils furent accueillis dans une vaste salle où les tables étaient dressées et les couverts mis, devant une avalanche de charcutailles. Chacun avait déjà le nez dans son
assiette pleine, mastiquant en cadence, lorsqu'un invité tardif se présenta. Il n'avait pas fière allure, avec sa souquenille de vieille toile noire en loques, qui lui collait à la peau et
sentait le pourri. Mais Laou l'accueillit avec autant d'amabilité que les autres et lui trouva une place à table. L'homme s'assit mais ne toucha à aucun des mets qu'on lui servait. Il tenait la
tête baissée, masquée par une cagoule noire, et ne répondait à aucune des questions que lui posaient ses voisins. Il semblait étranger au pays, car personne ne l'avait jamais vu.
Le repas prit fin et les invités quittèrent le festin, non sans avoir remercié Laou et l'avoir félicité pour la qualité de son accueil. Ce dernier
se frottait les mains, car il aimait à ce qu'on s'en allât de chez lui plein jusqu'à la gorge. Il allait se retirer dans sa chambre lorsqu'il s'aperçut qu'il restait un dernier convive dans la
salle. il s'agissait de l'homme étrange à la souquenille de vieille toile, qui avait retourné son verre et son assiette contre la table.
- Ne te presse pas, dit Laou en s'approchant de lui. Tu es venu en retard, il est normal que tu partes le dernier. Mais tu risques de t'endormir
devant ton assiette et ton verre vides !
C'est alors que l'étranger leva lentement la tête, dévoilant, à la place du visage, une tête de mort. Laou reconnut aussitôt l'Ankou, la Mort, qui
lui dit de sa voix grêle :
- Lorsque je t'ai demandé au cimetière si je pouvais venir, tu as répondu qu'il n'y avait personne de trop. Tu n'imaginais pas que tu invitais la
Mort à ta table. Mais comme tu as été aimable et accueillant avec moi, je ne t'emporterai pas ce soir. Mais je reviendrai te chercher dans huit jours d'ici. Le repas que je te ferai servir ne
vaudra sans doute pas le tien, mais la compagnie sera encore plus nombreuse. A ces mots, l'Ankou disparut dans un grand tintement d'osselets. Laou ar Braz passa la semaine à faire le partage de
ses biens entre ses enfants. Le dimanche, il se confessa avant d'assister à la messe. Le lundi il convia tous ses amis à un ultime banquet et le mardi il mourut. Mais il n'est pas à plaindre car
ses largesses et sa bonté lui valurent de faire une bonne mort !
D'après Anatole Le Braz, La Légende de la mort ches les Bretons armoricains, Paris, 1922-1923
Moi je trouve que l'Ankou aurait pu lui laisser un peu plus de
sursis... Mais avec lui on ne peut pas discuter. Je ferai un petit rajout pour vous parler de l'Ankou. C'est tellement la pagaille dans mes dossiers que je ne retrouve plus où je l'ai
fourré.
En Bretagne, au temps jadis, lorsqu'on tuait le cochon, les voisins étaient invités pour aider et tout le monde se rassemblait ensuite
pour manger saucisses, boudins...etc. Le reste de la viande était mise au saloir. Chaque ferme s'arrangeait pour tuer le cochon à des périodes différentes, cela permettait aux paysans de manger
de la viande fraiche un peu plus souvent. On dit que lorsqu'on voyait le bout de la queue apparaître dans le saloir, il était temps de tuer un autre cochon.
Il me reste quelques souvenirs (j'étais vraiment petite) des cochons
de la famille de mes grands-parents. La truie avait un vaste endroit pour se dégourdir et se rouler dans la boue, elle était choyée, calinée, bien nourrie, rentrée à la porcherie le soir. Les
petits porcelets courraient partout. On était loin de l'élevage intensif ! Avec la culture du potager, le lait des vaches, les oeufs, les lapins; les familles vivaient pratiquement en
autarcie.
Heureusement, on m'a épargnée la mort du cochon.
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